Le français dans l’actualité

La crise financière est arrivée, avec ses métaphores de gros temps sur la planète, balayant les images du frivole et de l'éphémère pour laisser la place au sérieux, à la gravité, au marasme et à la déprime. Une partie du vocabulaire de l'actualité d'hier a été emportée dans la tempête, mais des mots, des personnages et des concepts récents se sont installés dans le langage courant. Voici un petit glossaire de français branché pour vous aider à décrypter les infos.

A comme animaux

Le Parti socialiste, en déconfiture depuis son échec aux élections présidentielles, se déchire toujours à la recherche d'une ligne et d'un dirigeant. Il ne sait pas très bien s'il a élu Martine (Aubry) ou Ségolène (Royal), tant il reste divisé. On parle du combat des chefs entre les éléphants du parti, ceux qui ont du poids. En politique d'ailleurs, les plus anciens sont souvent traités de dinosaures. L'éducation nationale, elle, est aussi un animal préhistorique, depuis qu'un de ses anciens ministres avait annoncé vouloir « dégraisser le mammouth », c'est-à-dire la réformer.

A comme Attali

Personnage controversé, auteur prolixe, ancien conseiller du président Mitterrand, Jacques Attali avait été chargé par Nicolas Sarkozy (avec tout un groupe de « sages ») d'une réflexion sur l'ensemble de la société française et sur les mutations nécessaires à sa modernisation. Le rapport Attali lançait 360 propositions, à traiter comme un tout. Le président en a retenu quelques-unes, d'autres ont provoqué des levées de bouclier de la part de professions s'estimant menacées, et le rapport a été peu ou prou enterré.

B comme bling-bling

C'est le terme qui décrit le mieux la première année de Sarkozy. Venue du rap, l'expression qualifie tout ce qui brille, ce qui épate, ce qui en jette, ce qui éblouit, mais n'est que du strass, de la poudre aux yeux, de l'esbroufe. Rien de solide, que du paraître. Sarko, qui se montrait en compagnie des riches, étalait son succès, son goût de l'argent, sa vie privée tourmentée et jouait aux stars, s'est vite retrouvé qualifié de président bling-bling. Une chute vertigineuse dans les sondages lui a fait prendre conscience des dangers de sa « pipolisation ». Les conseillers en image et communication ont fait leur travail depuis, et le maelstrom de la crise financière a emporté les dernières paillettes visibles.

B comme bons plans

Les magazines et les publicités proposent toujours des bons plans : pour payer moins, pour sortir, pour se faire un week-end sympa, profiter d'offres spéciales, connaître les trucs et les astuces, jouer malin. Le bon plan est proche du système D (comme débrouille). Par les temps qui courent, les bons plans vont devenir indispensables.

B comme bouclier fiscal

Lorsque des millions de gens perdent toutes leurs économies, et voient leurs investissements et leurs retraites s'évanouir dans la tourmente financière, les mesures gouvernementales qui tolèrent les salaires exorbitants des dirigeants d'entreprise (notamment des banques) et protègent les richesses des plus riches passent très mal. Il en va ainsi du bouclier fiscal, qui plafonne les impôts des grosses fortunes et s'accompagne de « niches fiscales », permettant ainsi à certains de ne payer pratiquement aucun impôt.

C comme Carla

C'est Carla Bruni-Sarkozy, la nouvelle épouse du président depuis un an environ, ancien mannequin et chanteuse sans voix, première dame de France, qui lui donne enfin un peu d'élégance et de discrétion. Carla a remplacé Cécilia, l'ex, elle aussi remariée depuis. On disait Mme de Gaulle ou Mme Chirac, mais on dit Carla.

C comme contrats aidés

Impossible de trouver une définition exacte des « contrats aidés », mais il faut augmenter le nombre de ces mesures d'aide au retour à l'emploi, pour freiner le chômage reparti à la hausse, et atténuer les effets de la crise. Ils sont dans tous les titres des messages sur l'économie, la conjoncture et dans toutes les déclarations de Sarkozy.

D comme Delanoë

Bertrand Delanoë, l'actuel maire de Paris, parfois considéré comme présidentiable, avait des visées sur la direction du Parti socialiste. Il s'est finalement rallié à Martine Aubry, maire de Lille, fille de Jacques Delors et l'auteur des  fameuses 35 heures, pour bloquer la voie à Ségolène Royal, ancienne candidate à la présidence de la République, toujours présente mais avec des tonalités de plus en plus messianiques, le tout dans un tourbillon d'alliances et d'allégeances qui se font et se défont, signe de la grande confusion qui règne au PS.

F comme fonction publique

Elle est en pleine réforme, avec la RGPP, la révision générale des politiques publiques, lancée par l'actuel gouvernement. Toute l'administration française devrait être remise à plat et rationalisée (personne n'en nie le besoin), mais la réforme se fait par diktats, sans impliquer directement les intéressés, et provoque beaucoup de grogne.

G comme Grenelle

L'environnement s'est inscrit durablement dans le paysage. Désormais politiquement correct et incontournable, il a fait l'objet d'une grande rencontre médiatisée en 2007, dite « Grenelle de l'environnement », sous la houlette du ministre de l'environnement, Jean-Louis Borloo. Il s'agissait d'une rencontre de toutes les parties concernées, dont le mouvement associatif, sur le modèle de la concertation tripartite entre gouvernement, syndicats et patronat qui avait permis de sortir de la crise de mai 1968. Elle avait eu lieu rue de Grenelle, et avait débouché sur les « accords de Grenelle ». Grenelle est devenu synonyme de toute consultation élargie qui se veut décisive. Cependant, utilisé à toutes les sauces, il risque de perdre ce caractère d'exception. N'entend-on pas les employés se dire, devant la machine à café : « Alors, on se fait un Grenelle tout à l'heure ? »

Il va même donner son nom à la nouvelle loi sur l'environnement, la loi Grenelle. Quand on dit « le Grenelle », c'est nécessairement celui sur l'environnement. Pour les autres, on précise le sujet, comme le Grenelle des femmes, qui vient d'être réclamé par une des anciennes figures de proue du féminisme radical des années 70.

Synonyme revenu en force : états généraux (on vient d'avoir les états généraux de la presse, après ceux du multilinguisme).

G comme glandouille

Glander, en argot, signifie ne rien faire, errer sans but, se la couler douce, se tourner les pouces. La secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara (ancienne dirigeante du mouvement des filles dans les banlieues « Ni putes ni soumises ») s'était fait remarquer en parlant de plan anti-glandouille, pour les banlieues sinistrées, où elle estimait, au grand dam de la majorité présidentielle respectable qui la trouve insortable, qu'il fallait y aller « à donf » (c'est-à-dire « à fond », en verlan). Le mot glandouille n'est pas nouveau, mais il a été ainsi remis au goût du jour.

I comme incivilité

Ce qui caractérise un comportement anti-social sans gravité : être impoli, agressif, provoquer des dégradations, manquer de respect. Avant les incidents sur l'échelle des troubles sociaux.

M comme Medef

Dirigé pour la première fois par une femme, Laurence Parisot, issue du secteur des services, le Mouvement des entreprises de France, en d'autres termes, le patronat français, est traversé de scandales et de luttes internes. Mais sa présidente a de la poigne et semble tenir le cap du libéralisme convaincu qu'elle a toujours prôné.

O comme ORE, offre raisonnable d'emploi

Chômeurs, ne faites pas la fine bouche si l'on vous propose un emploi qui correspond à peu près à votre profil, à vos souhaits et à vos compétences. Qui décide que l'offre est raisonnable ? Mais eux, bien sûr ! Au deuxième refus, vous perdrez vos allocations de chômage. A bon entendeur, salut !

P comme pénibilité

Caractéristique d'un travail pénible, qui use prématurément et justifie que l'on prenne sa retraite avant l'âge normal sans perdre ses droits. Cette évaluation de la pénibilité d'un emploi s'applique aux métiers physiquement épuisants (mineur, maçon, par exemple), mais aussi aux métiers psychologiquement difficiles. Pas vraiment d'équivalent dans d'autres langues, car le concept n'est pas appliqué ailleurs.

P comme proximité

Tout ce qui est proche du citoyen, du consommateur, de vous et moi : tout peut être mis à la sauce proximité : les commerce, les services, une banque... Recentrage sur l'individuel, le local, la dimension humaine. Rassurant.

R comme RSA

Revenu de solidarité active. A la différence du RMI (revenu minimum d'insertion), le RSA est un complément de revenus aux personnes ayant un emploi (très) peu rémunéré. Le dispositif cherche à faire accepter des emplois mal payés.

T comme territoire

Le territoire français est divisé en cantons, communes, départements et régions, tous dotés d'organes administratifs. Le rapport Attali prônait la suppression des départements qui ne correspondent plus aujourd'hui aux réalités économiques ou politiques de l'époque de leur création (sous Napoléon, il y a environ 200 ans). Cela aurait permis de simplifier les nombreuses structures administratives et la répartition des compétences, important en période de décentralisation et de déconcentration. Mais la notion de territoire, sous diverses formes, est trop ancrée dans la culture. Elle est fondamentale à l'identité.

Voir à ce propos l'autre proposition de supprimer les deux derniers chiffres des plaques d'immatriculation des véhicules, qui permettent d'identifier leur département d'origine. Elle vient d'être enterrée tant elle a provoqué de remous. Et la majorité silencieuse approuve fortement l'action de la campagne « touche pas à mon département ».

Car la France reste un pays à la mentalité agricole, de paysans attachés à leur terre, à leur terroir, à leur communauté locale, à leurs collectivités territoriales. Il y a bien des communautés de communes, qui se regroupent pour rationaliser leurs actions (on parle alors d'intercommunalité), mais aussi la création de « pays », au sens de territoire d'origine. Ce pays-là n'a rien à voir avec la nation tout entière, au contraire, c'est un espace homogène, défini par son paysage, son activité économique, son niveau de développement, ou ses difficultés. C'est l'unité à laquelle la population s'identifie. Qui débouche éventuellement, des communautés de pays. Tout cela fait partie du ou des territoires. Normal que les autres n'y comprennent rien. Nous, on sait, on sent. Quand on disait de vous « elle est pays », cela voulait dire, « c'est une des nôtres ». L'expression ne s'utilise plus, le sentiment demeure.

V comme Vélib'

A Paris, les vélos en libre-service, lancés par la société JCDecaux (mobilier urbain, abribus, affichage extérieur), connaissent un grand succès et pas mal de vandalisme (ou d'incivilités). Delanoë profite de ce succès, inscrit dans une vision plus écologique des transports parisiens. Haro sur la voiture, vive le vélo ! Les autres grandes villes françaises s'équipent aussi, sous des noms différents. Un vélibiste ne peut donc être que parisien.



Recommended citation format:
Martine BONADONA-CONSTANS. "Le français dans l’actualité". aiic-usa.com December 8, 2008. Accessed October 22, 2019. <http://aiic-usa.com/p/3130>.