Prix Danica Seleskovitch 2018 : Introduction d'Edgar Weiser

Intervention du Président de l'Association Danica Seleskovitch, à l'occasion de la remise du Prix Danica Seleskovitch à Luigi Luccarelli le 17 mars 2018 à Paris.

Mon cher Luigi,

C'est pour moi à la fois un très grand honneur et un immense plaisir de t'accueillir comme lauréat du Prix Danica Seleskovitch 2018. Si le Jury du Prix a reçu plusieurs candidatures extrêmement valables, je suis cependant convaincu qu'il ne lui a pas fallu longtemps pour se mettre d'accord et t'accorder ses suffrages. Ta candidature a été soutenue par – dans l'ordre alphabétique – Gisèle Abazon, Christine Adams, Odette Buyse-Nepper, Silvia Camilo, Josyane Cristina, Angela Keil, Jenny Mackintosh, Claudia Marín Cabrera et Christopher Thiéry. Mais ils sont beaucoup plus nombreux ceux qui connaissent les "éminents services rendus à la profession d'interprète de conférence" – c'est l'un des critères d'attribution du Prix – qui font de toi un lauréat tellement évident qu'on se demanderait presque pourquoi tu n'as pas reçu le Prix plus tôt.


Marianne Lederer (Présidente du Jury du Prix Danica Seleskovitch), Luigi Luccarelli, Edgar Weiser (Président de l'Association Danica Seleskovitch)

S'il me fallait énumérer toutes les actions que tu as entreprises au service de notre profession, le champagne aurait le temps de devenir tiède et les petits fours ne seraient plus comestibles. Et puis, il faut à tout prix éviter qu'un éloge ne finisse par ressembler à une nécrologie !

Tout d'abord, un souvenir personnel. Nous avons fait connaissance, Luigi et moi, il y a 20 ans, en 1998, à Singapour dans le cadre du Congrès annuel d'une organisation dont certains d'entre vous se souviennent certainement, le CIES, une association qui regroupe au niveau mondial les géants de la grande distribution. Pour la petite histoire, l'un des dirigeants historiques du CIES – Comité International des Entreprises à Succursales -, et qui a changé de nom depuis, fut Fred Treidell, interprète de conférence qui avait travaillé au Procès de Nuremberg et qui devint Secrétaire exécutif de l'AIIC en 1963. Il y a parfois de drôles de coïncidences.

Mais revenons à notre lauréat. Dans son engagement au service de la profession, Luigi Luccarelli s'est distingué dans trois grands domaines :

  • Il faut d'abord rappeler cette crise sévère qui ébranla l'AIIC dans les années 1990, lorsque la FTC américaine – la Federal Trade Commission – attaqua l'AIIC pour de prétendues pratiques anticoncurrentielles. C'est grâce à la lucidité de Luigi qui sut conseiller l'AIIC sur la meilleure façon de répondre à cette attaque, que notre Association est encore aujourd'hui en mesure de défendre les conditions de travail des interprètes de conférence. Nous avons ainsi pu préserver l'essentiel, alors que l'objectif de la FTC était de déréglementer intégralement les conditions d'exercice de notre profession.
  • Second domaine où Luigi Luccarelli a brillé, c'est l'enseignement. Qui parmi nous peut se targuer d'avoir enseigné l'interprétation aux Etats-Unis, en Espagne, en Chine, en Corée, en Thaïlande et au Pérou ? Il manque visiblement la France et l'ESIT dans cette liste et je me serais réjoui de voir Luigi transmettre son savoir – ou plutôt son savoir-faire puisqu'il est question d'interprétation – aux jeunes générations dans cette Salle Danica Seleskovitch !
  • Enfin, troisième activité essentielle de Luigi Luccarelli au service de la profession d'interprète et de l'AIIC : la communication. Luigi a compris très tôt que nous ne devions pas rester cachés dans nos cabines ou passifs à côté de nos téléphones à attendre que les clients daignent nous solliciter, mais que les interprètes – et l'AIIC – devaient s'ouvrir au monde. Citons, entre autres, Communicate (le webzine de l'AIIC), le blog de l'AIIC dont Luigi est l'une des chevilles ouvrières ou encore la série de vidéos AIIC Conversations. Il peut sembler d'ailleurs paradoxal que les interprètes, qui exercent un métier de communication par excellence, aient mis aussi longtemps à comprendre qu'ils devaient, eux aussi, communiquer. Dans son intervention tout à l'heure, Luigi aura l'occasion de revenir sur l'importance de la communication pour notre profession.

Avant de terminer, je voudrais évoquer un autre aspect de la personnalité de Luigi Luccarelli qui n'a rien à voir avec l'interprétation … quoique … Quand Luigi n'œuvre pas pour le bien de notre profession, il est photographe. Et pas un amateur qui va collectionner les selfies devant les monuments touristiques, mais un artiste qui exprime une vision du monde à travers ses photographies. Voici ce qu'il déclare quand on l'interroge à ce sujet : "L'art est pour moi une exploration, une exploration du monde physique, de nos façons de voir, des émotions et des intentions de l'homme ; c'est un complément indispensable de la pensée rationnelle. En regardant les choses avec intensité, je perçois les relations entre les formes, les tonalités, les espaces, les perspectives etc. Et tous ces éléments évoquent, à leur tour, les émotions humaines." J'espère, cher Luigi, avoir correctement traduit tes propos.

Alors, n'y a-t-il aucun rapport entre l'interprétation et la photographie ? Mais que fait un photographe, si ce n'est s'approprier une réalité, un message, un sens pour le décrypter et le transformer en une image qui nous propose une interprétation de cette réalité ? L'objectif de l'appareil photo est – comme son nom l'indique - d'une objectivité absolue, mais la subjectivité du regard du photographe et son talent peuvent ériger une photo au rang d'œuvre d'art – qualité, cependant, dont jamais une interprétation, aussi brillante soit-elle, ne pourra se prévaloir. Les interprètes sont des artisans, des saltimbanques, parfois des funambules, mais ne nous prenons pas cependant pour des artistes et il serait bien présomptueux de croire que notre travail de "re-création" puisse être mis sur le même plan qu'une authentique œuvre créatrice.

Mon cher Luigi, dans quelques instants, Marianne Lederer, qui préside le Jury du Prix Danica Seleskovitch - composé cette année également de Jacques Etienne Coly, Andrew Dawrant, Christiane Driesen, Fortunato Israël, Rosalinda Meza-Steel, Barbara Moser-Mercer et Myriam Salama-Carr - aura le plaisir de  te remettre officiellement le Prix Danica Seleskovitch 2018. Le Diplôme que tu recevras (en même temps que la gratification monétaire associée au Prix) est l'œuvre d'une graphiste très talentueuse, Camila Gimeno. La reproduction du Diplôme figure sur le programme.

Comment aurais-je pu imaginer en 1998, l'année où nous avons fait connaissance, que, 20 ans plus tard je me retrouverais dans cette Salle Danica Seleskovitch pour t'adresser mes félicitations les plus chaleureuses.

Comme il est bon de faire durer un peu le suspense, avant la remise du Prix, nous allons entendre Ze Bumble Boyz pour un peu de jazz New Orleans ; au banjo, Pascal Segard, à la trompette Gene Clarke et Bernard Furiet à la clarinette. Nous aurons un nouvel intermède musical après la remise du Prix, puis c'est toi Luigi qui prendra la parole pour évoquer devant nous ton sujet de prédilection : Conference Interpreting: Profession and Communication. Enfin, L'Association Danica Seleskovitch aura le plaisir de vous convier, dans cette même salle, à un cocktail où nous lèverons notre verre à la santé de notre lauréat et de notre profession. En cette journée de la Saint Patrick, la boisson à bulles que nous vous proposons ne sera cependant pas de la bière !



Recommended citation format:
Edgar WEISER. "Prix Danica Seleskovitch 2018 : Introduction d'Edgar Weiser". aiic-usa.com April 30, 2018. Accessed October 18, 2018. <http://aiic-usa.com/p/8570>.